Google refuse le fact-checking imposé par l’Europe
Google a prévenu la Commission européenne : il n’intégrera pas la vérification des faits dans ses services. Pas dans la recherche, pas dans YouTube, nulle part. La réponse a été envoyée par lettre, et elle est sans ambiguïté.
Le contexte, c’est le Code de bonnes pratiques contre la désinformation. Un texte que l’Union européenne pousse depuis des années pour responsabiliser les grandes plateformes, et qu’elle veut désormais arrimer au DSA, le règlement sur les services numériques. En clair, faire passer des engagements jusque-là volontaires sous une forme plus contraignante.
Parmi ces engagements figurait l’idée d’associer des fact-checkers, ces organismes indépendants qui vérifient les informations, et d’afficher leurs vérifications directement à côté des contenus douteux dans la recherche et sur YouTube.
C’est précisément ce que Google refuse. Dans son courrier, le responsable des affaires publiques de l’entreprise estime que le fact-checking « n’est tout simplement pas approprié ou efficace » pour ses produits. Traduction : on ne pense pas que coller des étiquettes de vérification améliore quoi que ce soit chez nous.
Pour appuyer son refus, Google met en avant son bilan lors des élections de 2024. Selon l’entreprise, ses méthodes de modération actuelles ont suffi à tenir le choc face aux campagnes de désinformation, sans avoir besoin de fact-checkers externes.
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À la place, Google avance une autre piste : les Community Notes. Ce système, popularisé par X (anciennement Twitter), laisse les utilisateurs ajouter eux-mêmes du contexte sous une publication trompeuse, les notes les plus consensuelles étant mises en avant. YouTube teste actuellement cette mécanique.
L’entreprise insiste aussi sur ses outils techniques. SynthID, par exemple, est un système de marquage invisible qui appose une signature dans les images et vidéos générées par intelligence artificielle, histoire de pouvoir les identifier plus tard. Google développe en parallèle d’autres détecteurs de contenus créés par IA.
Ce choix n’est pas anodin. Il s’inscrit dans un mouvement plus large de recul des plateformes américaines sur la modération. Meta a lui aussi annoncé l’abandon de ses partenariats avec les fact-checkers aux États-Unis, au profit, là encore, de notes communautaires. La tendance est nette outre-Atlantique : on confie de plus en plus la vérification à la foule plutôt qu’à des professionnels.
Le problème, c’est que les deux approches ne se valent pas vraiment. Le fact-checking repose sur des experts identifiés et des sources tracées. Les notes communautaires dépendent du bon vouloir et de la disponibilité des internautes, avec un délai parfois long avant qu’une note n’apparaisse, quand elle apparaît.
Reste à voir comment Bruxelles encaisse ce refus. Sous le DSA, les très grandes plateformes s’exposent à des amendes pouvant atteindre 6 % de leur chiffre d’affaires mondial en cas de manquement. Le bras de fer entre l’Europe et les géants du numérique sur la désinformation ne fait, visiblement, que commencer.
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