Faut-il que l’État français arrête d’utiliser X pour ses communications officielles ?
La question revient régulièrement, et une pétition tente désormais de la porter sur la table de l’Assemblée nationale. Lancée fin décembre 2024 par un citoyen, Gregory Harvey, elle demande au gouvernement français d’abandonner X pour ses communications officielles. Le texte décrit une plateforme « devenue incompatible avec les valeurs démocratiques françaises ».
Pour l’instant, le succès reste timide. La pétition plafonne autour de 4 600 signatures, alors qu’il en faut 100 000 pour qu’elle soit examinée par les députés. On est donc loin du compte, mais le débat de fond, lui, dépasse largement ce compteur.
L’argument principal tient à la dérive de la modération depuis le rachat par Elon Musk. Hausse des discours haineux, circulation plus libre de la désinformation, choix éditoriaux pilotés par un algorithme dont les réglages échappent à tout contrôle public. Confier la diffusion de messages d’État, alertes, communiqués ministériels, informations de service public, à une plateforme privée dirigée par un homme ouvertement engagé politiquement, ça pose une vraie question de souveraineté numérique.
Et c’est là que ça se complique. Car quitter X reviendrait aussi à se priver d’une audience énorme. Malgré ses dérives, le réseau reste un point de passage obligé pour les journalistes, les institutions et une grande partie du débat public français. Un ministère qui déserterait X perdrait en visibilité immédiate, au moins le temps que son audience migre ailleurs.
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Plusieurs institutions ont déjà tranché à leur échelle. Des universités, des médias, certaines collectivités ont commencé à lever le pied sur X, voire à fermer leurs comptes, en redirigeant leurs efforts vers Mastodon, Bluesky ou tout simplement leurs propres sites. Mais à l’échelle d’un État, le sujet est autrement plus lourd. On ne ferme pas du jour au lendemain les comptes officiels de dizaines de ministères et d’organismes publics sans une stratégie de repli claire.
Le vrai nœud du problème est là. Une administration ne devrait pas dépendre d’une plateforme privée pour informer ses citoyens. La dépendance crée une vulnérabilité, qu’il s’agisse d’un changement de politique de modération, d’une panne, ou d’un blocage pur et simple. Diversifier les canaux, voire investir dans des solutions souveraines, semble bien plus solide que de tout miser sur un réseau dont les règles peuvent changer du jour au lendemain.
La pétition n’aboutira sans doute pas en l’état, faute de signatures. Mais elle a le mérite de poser une question qui ne va pas disparaître. À chacun de se faire son avis sur la place que devrait occuper un réseau social privé dans la communication d’un État.
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