« Stop à la surveillance par reconnaissance faciale ! » : Députés et associations se mobilisent au Royaume-Uni

Par Maxime le 8 octobre 2023 à 11h07

La reconnaissance faciale en temps réel déployée par la police britannique fait de plus en plus d’adeptes côté gouvernement — et de plus en plus d’opposants côté société civile. Au Royaume-Uni, 65 parlementaires et 31 organisations de droits humains et d’égalité raciale ont signé un appel commun pour exiger un arrêt immédiat du recours à cette technologie, aussi bien par la police que par les entreprises privées.

Parmi les signataires, des figures politiques de tous bords : David Davis, ancien secrétaire au Brexit, Ed Davey, le chef des Libéraux-démocrates, Caroline Lucas côté Verts, ou encore la baronne Shami Chakrabarti. Côté associations, les noms ne sont pas des inconnus : Amnesty International, Liberty, Privacy International, Human Rights Watch, Open Rights Group.

Leur argument central : la technologie est massivement inexacte. 89 % des alertes émises par les systèmes de reconnaissance faciale utilisés par la police britannique se sont révélées être des faux positifs. Et les erreurs ne sont pas réparties équitablement — les personnes racisées et les femmes sont bien plus souvent mal identifiées que le reste de la population.

Le problème légal n’est pas moins sérieux. Le Royaume-Uni ne dispose d’aucune loi spécifique encadrant cette technologie, et le Parlement n’a jamais formellement débattu de son déploiement. Une situation que les signataires qualifient d’aberrante, surtout comparée à l’Union européenne qui a adopté une réglementation interdisant l’identification biométrique en temps réel dans les espaces publics.

Malgré cette opposition, le gouvernement de Keir Starmer accélère dans la direction inverse. La secrétaire d’État à l’Intérieur, Shabana Mahmood, a annoncé le plus grand déploiement national de reconnaissance faciale en direct jamais organisé en Grande-Bretagne. Le parc de caméras mobiles doit passer de 10 à 50 véhicules, disponibles pour l’ensemble des forces de police d’Angleterre et du Pays de Galles. Des caméras fixes permanentes ont même été installées à South London fin 2025.

La police métropolitaine londonienne a de son côté scanné plus de 1,7 million de visages depuis le début de l’année 2026, soit une hausse de 87 % par rapport à la même période l’an dernier. Le gouvernement a par ailleurs débloqué 115 millions de livres pour un centre Police.AI, chargé de standardiser le déploiement sur les 43 forces de police du pays.

Big Brother Watch, l’association britannique de défense des libertés civiles qui coordonne cette mobilisation, rappelle que l’utilisation de la reconnaissance faciale lors de manifestations représente une « escalade inquiétante ». Dans leur logique, imposer une vérification biométrique comme condition implicite pour exercer le droit de manifester est incompatible avec les droits fondamentaux.

Le bras de fer entre gouvernement et société civile n’est pas près de se terminer. Une consultation publique lancée fin 2025 vient de s’achever, mais un cadre réglementaire complet ne verrait le jour au mieux qu’à horizon 2029 selon les juristes. D’ici là, des dizaines de millions de visages continueront d’être scannés chaque année.

Crédit photo : DR

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