Une tempête solaire pourrait-elle vraiment couper Internet pendant des mois ?
L’idée fait froid dans le dos, mais elle repose sur un vrai travail scientifique. Sangeetha Abdu Jyothi, informaticienne à l’Université de Californie à Irvine, s’est penchée sur un scénario que peu de gens avaient anticipé : que se passerait-il pour Internet si une tempête solaire majeure frappait la Terre ? Ses conclusions, présentées lors de la conférence SIGCOMM, ont relancé le débat sur la fragilité de notre réseau mondial.
Le point faible n’est pas là où on l’imagine. Les câbles à fibre optique qui tapissent le fond des océans transportent l’essentiel du trafic intercontinental. La fibre en elle-même ne craint pas grand-chose des éruptions solaires. Le problème vient des répéteurs, ces équipements installés à intervalles réguliers le long des câbles pour amplifier le signal lumineux qui s’affaiblit sur de longues distances.
Or ces répéteurs ont besoin d’électricité, et c’est là que tout se joue. Quand une éjection de masse coronale percute le champ magnétique terrestre, elle génère de puissants courants électriques au sol, ce qu’on appelle des courants géomagnétiquement induits. Ces courants peuvent endommager les équipements connectés aux câbles, en particulier sur les longues liaisons qui relient deux continents.
La conséquence serait brutale. Selon l’étude, une tempête d’une intensité suffisante pourrait mettre hors service plusieurs de ces câbles sous-marins simultanément, provoquant une perte de connectivité massive à l’échelle d’un continent. Et pas pour quelques heures : la réparation de câbles posés à des milliers de mètres de profondeur prend du temps, ce qui pourrait laisser des régions entières déconnectées pendant des semaines, voire des mois.
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L’addition serait salée. Rien qu’aux États-Unis, une seule journée de panne d’Internet est estimée à environ 7 milliards de dollars. Multipliez par plusieurs semaines et vous obtenez un coût économique difficile à chiffrer, sans parler des conséquences sur les services bancaires, les hôpitaux ou les communications d’urgence.
Tous les pays ne sont pas logés à la même enseigne. Les zones situées aux hautes latitudes, plus proches des pôles, sont davantage exposées aux courants induits. Les infrastructures réseau y sont donc statistiquement plus vulnérables que celles installées près de l’équateur.
Il faut quand même garder la tête froide. Les tempêtes solaires capables d’un tel ravage sont rares. La référence historique reste l’événement de Carrington en 1859, qui avait fait fondre des installations télégraphiques à une époque où l’électronique n’existait pas. Une tempête de cette ampleur a une probabilité estimée entre 1,6 et 12 % par décennie, ce qui n’est pas négligeable sur le long terme.
Le vrai enseignement de cette étude, c’est surtout que notre dépendance à Internet n’a pas été pensée pour résister à ce genre d’événement extrême. Les opérateurs commencent à intégrer ce risque dans leurs modèles, mais le réseau actuel reste largement à la merci d’un coup de colère du Soleil.
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