Faisceaux de fibres optiques rayonnant une lumière bleue dans l'obscurité

Une fibre optique à cœur creux bat un record : 51,3 Tb/s sur 200 km sans aucun répéteur

Par Maxime le 30 juin 2026 à 11h44

Dans les datacenters qui font tourner l’intelligence artificielle, le nerf de la guerre n’est plus seulement la puissance de calcul, mais la vitesse à laquelle les machines arrivent à se parler. Et c’est là-dessus que le fabricant chinois YOFC vient de marquer un grand coup.

Avec China Telecom et l’équipementier Dekoli, il a fait passer 51,3 térabits par seconde sur 206,5 kilomètres de fibre optique, sans le moindre amplificateur sur le trajet. Ce serait la plus longue liaison commerciale de ce genre au monde.

Le genre en question, c’est la fibre à cœur creux (hollow-core fiber). Au lieu de faire voyager la lumière dans du verre plein comme une fibre classique, elle la fait circuler dans de l’air.

Et ça change tout. La lumière file dans l’air environ une fois et demie plus vite que dans le verre, où elle est ralentie à 70 % de sa vitesse dans le vide. Résultat, le signal se déforme moins sur la distance et arrive avec à peu près 31 % de latence en moins, ce délai que met l’information à traverser le câble d’un bout à l’autre.

Pour visualiser ces 51,3 Tb/s, imaginez 6 400 flux vidéo en 4K qui passeraient en même temps dans un seul câble, obtenus en empilant 43 canaux transportant chacun 1,2 Tb/s.

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Le plus impressionnant reste l’absence de répéteurs, ces boîtiers qu’on installe d’habitude tous les quelques dizaines de kilomètres pour ranimer le signal avant qu’il ne s’éteigne. Ils coûtent cher, consomment de l’électricité et tombent parfois en panne. YOFC s’en est entièrement passé sur ses 206 kilomètres.

Et ce n’était pas un essai de laboratoire, mais un câble commercial déjà en service, ce qui le distingue des précédents records restés coincés au banc d’essai.

Ces quelques millisecondes grattées valent de l’or pour le trading à haute fréquence, le cloud et surtout l’IA, où des milliers de processeurs répartis dans des datacenters distants s’échangent des données en continu.

Côté occidental, Microsoft a déjà tiré 1 280 km de cette fibre dans son cloud Azure, sans panne signalée, et vise 15 000 km d’ici fin 2026 avec ses partenaires Corning aux États-Unis et Heraeus en Europe.

Rien n’est encore tout à fait joué, cela dit. Les normes internationales de l’ITU-T sont toujours en cours d’examen, et souder proprement ce type de fibre réclame du matériel spécialisé et des techniciens formés qu’on ne trouve pas à tous les coins de rue. Mais la fibre d’air sent de plus en plus le successeur du verre.

Crédit photo : Illustration générée par IA