STMicroelectronics dans la tourmente : l’Italie tape du poing sur la table
STMicroelectronics ne file pas un bon coton. Le fabricant de puces, détenu à parts égales par la France et l’Italie via Bpifrance et le ministère italien de l’Économie (14 % du capital chacun), traverse une mauvaise passe. En 2024, son chiffre d’affaires a chuté de 23 %. De quoi faire grincer des dents, surtout côté italien.
Rome est remonté contre le PDG Jean-Marc Chéry. Le gouvernement italien envisage carrément d’activer son droit de veto lors d’un prochain conseil d’administration pour peser sur les décisions stratégiques. Le reproche ? Une direction qui favoriserait la France dans ses choix industriels et financiers. STMicroelectronics dément fermement.
Derrière ces tensions, il y a une vraie crise du secteur. La demande automobile a ralenti, les stocks se sont accumulés chez les clients, et l’entreprise en paie le prix. Résultat : un plan de réduction d’effectifs se prépare, entre 2 000 et 3 000 postes en France et en Italie, soit environ 6 % des troupes. Pas de fermeture de sites prévue, plutôt des départs en retraite anticipée et des postes non remplacés. La bascule technologique vers des wafers de silicium de 300 mm pourrait quand même entraîner des réaffectations, sur le site de Crolles en Isère par exemple.
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La pression est aussi financière. L’Italie conditionne le versement de 2 milliards d’euros de subventions pour la future usine de Catane, en Sicile, au maintien des effectifs, conformément au Chips Act européen. Du côté français, le ministre de l’Économie Éric Lombard et le patron de Bpifrance Nicolas Dufourcq soutiennent la direction et balaient les accusations de favoritisme. Pendant ce temps, des actionnaires américains ont attaqué l’entreprise en justice en 2024, l’accusant d’avoir gonflé ses perspectives de croissance. L’action a perdu 45 % sur un an.
L’équation est compliquée. STMicroelectronics doit redresser ses comptes tout en ménageant deux États actionnaires aux intérêts divergents, le tout sur un marché des puces en pleine mutation. L’assemblée des actionnaires prévue en mai 2025 s’annonce comme un moment décisif pour la gouvernance du groupe. Et au-delà, c’est toute la souveraineté européenne sur les semi-conducteurs qui se joue en filigrane.
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