Le piéton qui marche le nez sur son écran a désormais un nom

Par Maxime le 22 mars 2025 à 14h36

On les appelle les smombies, contraction de smartphone et de zombie. Le terme est né en Allemagne en 2015, élu mot de l’année par des linguistes. Dix ans plus tard, le phénomène n’a fait que grossir, au point d’inquiéter les services de sécurité routière de plusieurs pays.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Près de 60 % des piétons en ville consultent leur téléphone en marchant. Et un tiers d’entre eux avouent continuer à pianoter au moment même de traverser la rue.

Le souci, c’est que regarder son écran handicape lourdement la perception de ce qui nous entoure. Une étude de 2024 estime que le champ de vision se réduit de 60 % quand on fixe son smartphone. Le temps de réaction face à un danger s’allonge aussi, de l’ordre d’une demi-seconde à une seconde et demie.

Conséquence directe : les accidents impliquant des piétons distraits auraient bondi de 43 % depuis 2020. De quoi pousser certaines municipalités à imaginer des solutions, parfois étonnantes.

La ville chinoise de Chongqing a ainsi tracé dès 2014 un couloir dédié aux smombies, une bande de trente mètres réservée à ceux qui marchent les yeux rivés sur leur mobile. Une expérience plus symbolique qu’efficace, mais qui a eu le mérite de lancer le débat.

D’autres villes ont opté pour des dispositifs plus concrets. À Augsbourg, en Allemagne, et à Tel-Aviv, en Israël, des feux de circulation ont été installés au ras du sol. L’idée est simple : si vous gardez la tête baissée vers votre écran, vous apercevez quand même le signal lumineux au niveau du trottoir.

Pour rester visible quand on marche le soir, sans attendre que les villes installent des feux au sol :

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Stockholm a misé sur la prévention avec des panneaux de mise en garde, tandis que Séoul a lancé une application de réalité augmentée qui alerte le marcheur quand il approche d’un croisement.

Au-delà du gadget, le phénomène raconte quelque chose de notre rapport à la technologie. La sociologue Marie Durand y voit le signe d’une transformation profonde de nos modes de vie urbains, entre dépendance aux écrans, réaménagement de l’espace public et question de la responsabilité individuelle.

Car le smombie pose un vrai problème de partage de la rue. Le piéton absorbé par son fil d’actualité ne met pas seulement sa propre sécurité en jeu. Il oblige aussi les automobilistes, les cyclistes et les autres marcheurs à redoubler de vigilance pour l’éviter.

Aucune solution miracle ne se dégage pour l’instant. Les couloirs dédiés relèvent surtout du symbole, les feux au sol coûtent cher à généraliser et les applications supposent que l’on garde justement le téléphone allumé. Le plus efficace reste sans doute le bon vieux réflexe : relever la tête avant de traverser.

En attendant, le mot smombie s’installe durablement dans le vocabulaire. Preuve que le comportement, lui, n’a rien d’anecdotique.

Crédit photo : DR