Nvidia entre au capital de Doctolib pour l’aider à bâtir son IA médicale en Europe
Jensen Huang a profité d’un passage à Paris pour officialiser l’entrée de Nvidia au capital de Doctolib. Le patron du fabricant de puces s’est rendu place Vendôme le 13 octobre pour annoncer l’opération, dont le montant reste confidentiel. La presse économique évoque quelques millions d’euros, une goutte d’eau pour un groupe qui détenait cet été une centaine de milliards de dollars de participations et compte injecter deux milliards de plus en Europe cette année.
La participation est minoritaire. Nvidia n’obtient aucun siège au conseil d’administration, et les données de santé des utilisateurs continueront d’être hébergées en Europe. Trois autres jeunes pousses françaises, Genesis AI, Pigment et Entalpic, profitent au passage de la même tournée de chèques.
Pour Doctolib, le calendrier tombe bien. La valorisation de la plateforme de prise de rendez-vous médicaux est retombée de 5,8 milliards d’euros en 2022 à 3,6 milliards ce printemps, et l’étiquette Nvidia rassure toujours les investisseurs. L’entreprise ne part d’ailleurs pas de zéro sur l’IA. Elle a ouvert son propre laboratoire en début d’année avec une enveloppe de 20 millions d’euros, et un assistant téléphonique décroche à la place des secrétariats médicaux depuis fin 2025. Un autre outil transcrit les échanges en consultation grâce à une reconnaissance vocale maison.
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La suite est déjà planifiée. Des agents chargés de la facturation et de la paperasse des cabinets doivent arriver en 2027 et 2028, puis l’assistant santé personnel, que 400 000 Français utilisent déjà, sera ouvert à tout le monde d’ici fin 2027. L’argent de Nvidia servira surtout à entraîner des modèles maison en Europe, pour se passer progressivement de ceux d’OpenAI et d’Anthropic sur lesquels Doctolib s’appuie aujourd’hui.
Reste à comprendre pourquoi Doctolib. La société coche à peu près toutes les cases : 520 000 soignants, environ 90 millions de patients dans cinq pays européens, 422 millions d’euros de revenus récurrents l’an dernier et une rentabilité atteinte à l’automne 2025. Jensen Huang répète depuis des mois que chaque grand secteur aura ses modèles d’IA spécialisés, la médecine en tête, et que chacun sera entraîné sur ses puces. En mettant quelques billets dans ces pépites françaises, Nvidia finance en réalité ses futurs clients, comme il le fait déjà à bien plus grande échelle avec OpenAI ou xAI aux États-Unis.
L’idée d’une IA médicale européenne financée par un actionnaire américain a de quoi faire sourire. Mais sans les puces de Jensen Huang, personne n’entraîne grand-chose sur le continent. Le vrai test viendra après : une IA qui se trompe sur un dossier médical, ça ne pardonne pas.
Crédit photo : Doctolib