Quand Google a dû geler les avis Maps en Russie, Ukraine et Biélorussie

Par Maxime le 5 mars 2022 à 12h56

Les avis Google Maps servent normalement à noter un restaurant, signaler qu’un magasin est fermé ou prévenir qu’un lieu vaut le détour. Mais en période de crise, cet espace de commentaires peut servir à tout autre chose. C’est exactement ce qui a poussé Google à suspendre temporairement les nouveaux avis, photos et vidéos sur Maps en Russie, en Ukraine et en Biélorussie.

La raison tient à un détournement massif de la fonctionnalité. Pendant le conflit, une campagne coordonnée a invité les internautes à publier des avis sur des établissements russes, non pas pour parler de leur qualité, mais pour y glisser des informations sur l’invasion de l’Ukraine. L’idée était de contourner la censure et de faire parvenir directement aux civils russes des éléments d’information échappant au discours officiel.

Le procédé était astucieux. En laissant un faux commentaire sur un restaurant ou un commerce de Moscou, on pouvait théoriquement toucher n’importe quel Russe consultant cette fiche, là où les canaux d’information classiques étaient verrouillés. Sauf que ce détournement, aussi compréhensible soit-il dans le contexte, violait les règles de Google sur l’usage des avis, censés rester liés au lieu concerné.

Google a donc réagi en bloquant la publication de nouveaux contenus dans ces trois pays. Le groupe a expliqué avoir mis en place des protections supplémentaires pour surveiller et empêcher les contenus contraires à ses règles sur Maps. Une formulation prudente, qui traduit surtout la difficulté de modérer une plateforme mondiale quand celle-ci devient un terrain d’expression politique imprévu.

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Le cas illustre un problème récurrent pour les grandes plateformes. Leurs outils, conçus pour un usage précis, finissent régulièrement détournés en pleine crise géopolitique. Les systèmes de modération, taillés pour repérer du spam commercial ou de faux avis, ne sont pas vraiment armés pour gérer un afflux soudain de messages militants. Bloquer purement et simplement la fonction devient alors la solution la plus simple, faute de mieux.

Google n’était d’ailleurs pas seul dans cette situation. TripAdvisor a lui aussi suspendu les avis sur certaines fiches russes durant la même période, signe que tout le secteur faisait face au même phénomène. Quand un outil grand public se transforme en canal de communication parallèle, les plateformes se retrouvent toutes devant le même dilemme.

Cette suspension rappelle une réalité souvent oubliée. Un simple champ de commentaires, pensé pour noter une boulangerie, peut devenir un enjeu d’information dès lors qu’il échappe au contrôle d’un État. Les avis en ligne ne sont pas qu’un gadget pour touristes, ils représentent aussi un espace public que chacun peut chercher à utiliser à ses fins. Et en période de guerre, la frontière entre information et détournement devient particulièrement floue à gérer pour les géants du web.

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