Le mercato fou de l’intelligence artificielle : chèques à neuf chiffres et transferts en cascade

Par Maxime le 26 novembre 2023 à 15h18

Dans la Silicon Valley, la ressource la plus précieuse ne se mesure ni en serveurs ni en cartes graphiques, mais en cerveaux. Les meilleurs chercheurs en intelligence artificielle sont une poignée, et tous les géants se les arrachent à coups de sommes qui donnent le vertige. On parle désormais d’un véritable mercato, avec ses stars, ses transferts retentissants et ses surenchères dignes du football professionnel.

Le club le plus agressif du moment s’appelle Meta. L’entreprise de Mark Zuckerberg multiplie les débauchages chez OpenAI, son grand rival. Deux noms ont récemment rejoint ses rangs : Jason Wei, qui avait travaillé sur le modèle de recherche approfondie et sur o3, ainsi que Hyung Won Chung, impliqué dans plusieurs des mêmes projets de pointe. Ce ne sont pas des recrutements anonymes mais des prises de guerre, des ingénieurs ayant contribué aux modèles les plus avancés du secteur.

Pour convaincre ces profils de changer de maillot, les chiffres deviennent surréalistes. Sam Altman, le patron d’OpenAI, a affirmé que Meta avait proposé à certains de ses employés des bonus de signature atteignant cent millions de dollars. Une somme qui dépasse l’entendement pour un simple contrat de travail, mais qui s’explique par les enjeux : celui qui détient les meilleurs talents prend une avance potentiellement décisive dans la course à l’IA dite superintelligente.

Le tableau des rémunérations donne d’ailleurs le tournis. Selon Reuters, les chercheurs vedettes d’OpenAI peuvent dépasser les dix millions de dollars annuels en cumulant salaire fixe, primes et actions. Le Wall Street Journal rapporte de son côté que la valeur moyenne des stock-options chez OpenAI atteignait 1,5 million de dollars par employé en 2025, un niveau supérieur à toutes les autres jeunes pousses du moment. À ce tarif, on comprend que la fidélité devienne une denrée rare.

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Car le mouvement ne va pas que dans un sens. Si Meta pioche chez OpenAI, d’autres chercheurs et cadres de premier plan quittent Meta, Google ou OpenAI pour fonder leurs propres startups. Et l’argent suit : ces nouvelles structures lèvent parfois plusieurs centaines de millions de dollars dès leur création, portées par la simple réputation de leurs fondateurs. Le marché tourne à plein régime, alimenté par la conviction que l’IA représente le prochain grand bouleversement économique.

Tout ce petit monde se livre une guerre des talents qui implique aussi OpenAI, Google DeepMind, Anthropic, xAI, Safe Superintelligence et une myriade de startups affamées. Le bassin de candidats vraiment qualifiés reste minuscule, ce qui fait grimper les enchères à des niveaux que peu d’industries ont connus.

Reste une question que ces montants vertigineux laissent en suspens : cette inflation des salaires est-elle tenable sur la durée ? Les startups les plus modestes peinent déjà à suivre, vidées de leurs cerveaux par des concurrents aux poches sans fond. Le mercato profite avant tout aux mastodontes capables d’aligner les millions. La vraie superintelligence, pour l’instant, c’est peut-être celle des chercheurs qui négocient leur prochain contrat.

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