Pourquoi votre IA invente des réponses avec un tel aplomb

Par Maxime le 1 juin 2024 à 8h44

On a tous vu une intelligence artificielle débiter une fausse information sur un ton parfaitement assuré. Une date bidon, un livre qui n’existe pas, une citation jamais prononcée. Dans le jargon, on appelle ça une hallucination.

Le terme est trompeur, car l’IA ne voit rien et ne délire pas. Elle invente simplement une réponse qui semble crédible alors qu’elle est fausse. Et Google, comme d’autres acteurs du secteur, s’est mis à expliquer pourquoi ça arrive aussi souvent.

Le point de départ tient à la mécanique même de ces modèles. Un agent conversationnel ne consulte pas une base de données pour vous répondre. Il prédit le mot suivant, puis le suivant, en se basant sur les régularités observées dans des milliards de textes.

Autrement dit, il est entraîné à produire des phrases fluides et probables, pas des phrases vraies. La plupart du temps les deux coïncident. Parfois non.

Le souci vient surtout des trous dans ses connaissances. Quand une information n’apparaît qu’une seule fois dans ses données d’entraînement, ou pas du tout, le modèle ne peut ni la recouper ni la vérifier. Il comble alors le vide avec ce qui ressemble statistiquement à une bonne réponse.

C’est là que Google met le doigt sur un point gênant. Ces systèmes sont conçus pour toujours fournir une réponse. On les a optimisés pour donner satisfaction, presque jamais pour dire « je ne sais pas ». Du coup, face à une question dont ils ignorent la réponse, ils préfèrent inventer plutôt que se taire.

OpenAI était arrivé à un constat voisin de son côté. Les méthodes utilisées pour mesurer les performances récompensent les modèles qui tentent leur chance et pénalisent ceux qui s’abstiennent. En clair, le système apprend qu’il vaut mieux deviner que reconnaître une lacune.

Le plus déroutant reste le ton. L’IA présente une fabulation avec exactement la même confiance qu’un fait avéré. Aucun signal, aucune hésitation dans la formulation pour vous prévenir que vous lisez peut-être n’importe quoi.

Bonne nouvelle quand même : les hallucinations grossières ont nettement reculé en quelques années. La mauvaise, c’est qu’elles ont laissé place à des erreurs plus fines, plus difficiles à repérer, donc plus piégeuses pour qui fait aveuglément confiance à la machine.

Les chiffres confirment que le problème n’est pas réglé. Même les meilleurs modèles de 2026 continuent de se tromper dans 5 à 15 % des cas selon les évaluations, ce qui reste loin d’être anecdotique.

La leçon pratique est simple. Une IA générative est un excellent outil pour brouillonner, reformuler ou explorer une idée, mais c’est une mauvaise encyclopédie. Dès qu’il s’agit d’un chiffre, d’une date, d’une source ou d’une affirmation importante, mieux vaut vérifier ailleurs.

Comprendre comment ces modèles fonctionnent reste le meilleur garde-fou. Cela évite de prendre pour argent comptant une réponse qui sonne juste mais qui ne repose, parfois, sur strictement rien.

Crédit photo : DR

Tout comprendre (ou presque) sur l'intelligence artificielle

Pour aller plus loin que les hallucinations et saisir comment ces modèles raisonnent vraiment, ce guide édité par CNRS Éditions décortique l’IA en questions simples.

Tout comprendre (ou presque) sur l’intelligence artificielle → voir sur Amazon

Lien affilié Amazon. En tant que Partenaire Amazon, je réalise un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.