Proton menace de quitter la Suisse à cause d’une loi sur la surveillance

Par Maxime le 15 avril 2025 à 11h47

Proton, l’entreprise genevoise connue pour sa messagerie chiffrée Proton Mail et son service Proton VPN, envisage sérieusement de plier bagage. En cause : un projet de réforme de la loi suisse sur la surveillance des télécommunications, l’OSCPT, que la société juge tout bonnement incompatible avec son modèle.

Proton s’est bâtie une réputation sur la protection de la vie privée. Ses produits chiffrent les communications de bout en bout, de sorte que même l’entreprise ne peut pas lire le contenu des messages de ses utilisateurs. C’est précisément cet argument que la nouvelle loi viendrait fragiliser.

Le texte imposerait en effet l’enregistrement en temps réel des métadonnées, c’est-à-dire les adresses IP, les destinataires des e-mails ou encore la localisation des utilisateurs, pour tout service en ligne dépassant les 5 000 utilisateurs. Ces données seraient transmises en continu aux autorités suisses, et ce sans décision judiciaire préalable. Pour un service vendu sur la confidentialité, c’est un renversement complet de promesse.

Andy Yen, cofondateur et patron de Proton, ne mâche pas ses mots. Selon lui, ces exigences rendraient la loi suisse plus contraignante que celle de l’Union européenne, et contrediraient frontalement les principes fondateurs de l’entreprise. Il rappelle aussi qu’une décision de justice de 2021 avait donné raison à Proton sur un point similaire, et que la réforme reviendrait à contourner ce jugement en changeant le cadre légal plutôt que sa logique.

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L’entreprise n’a d’ailleurs pas attendu pour se couvrir. Dès 2021, elle avait déplacé la majeure partie de ses serveurs vers l’Allemagne et la Norvège, deux pays au cadre juridique jugé plus protecteur. En cas de départ pur et simple, l’Allemagne est présentée comme la destination la plus probable pour le futur siège. Proton emploie environ 500 personnes, dont à peu près 150 à Genève, qui seraient directement concernées.

Le calendrier était serré : la phase de consultation sur le projet de loi devait s’achever début mai 2025. Andy Yen a prévenu que le départ deviendrait inévitable si le texte restait en l’état, sans modification de fond.

L’affaire dépasse le seul cas de Proton. La Suisse s’est longtemps vendue comme un havre pour les services respectueux de la vie privée, à l’image de sa tradition bancaire d’antan. Voir l’un de ses fleurons du chiffrement menacer de partir envoie un signal embarrassant. Pour les utilisateurs soucieux de leur confidentialité, c’est un rappel utile : la solidité d’un service tient autant à sa technologie qu’au droit du pays qui l’héberge.

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